On entre dans un jardin de Suzhou par une porte étroite percée dans un mur blanc, et la vue bute aussitôt sur un rocher. Le jardin lettré chinois ne se donne jamais d’un coup : il n’en rend que des morceaux, à travers une fenêtre ajourée ou une galerie qui tourne. Il faut marcher pour le voir en entier. C’est à Suzhou, à l’ouest de Shanghai, que ces enclos se visitent les uns après les autres dans la même journée.

Neuf jardins inscrits, en deux fois
L’UNESCO a inscrit le bien en 1997 avec quatre jardins : l’Humble Administrateur (Zhuozheng Yuan), le Jardin Liu (Liu Yuan), le Maître des Filets (Wangshi Yuan) et Huanxiu Shanzhuang. L’extension de 2000 en a ajouté cinq, dont la Forêt du Lion (Shizilin), le Jardin de la Culture (Yipu) et le Jardin de la Retraite et de la Réflexion (Tuisi Yuan), à Tongli. Le bien couvre du XIe au XIXe siècle. Tongli n’est pas une excursion lointaine : le bourg fait partie de Suzhou et le métro de la ville y mène. Ces neuf jardins sont les plus connus, pas les seuls.
Le mois de visite change ce qu’on voit dans les massifs
L’automne est la période la plus confortable : la chaleur retombe, l’osmanthe parfume les cours à la fin septembre, puis les érables et les ginkgos prennent leurs couleurs. Le printemps donne les pivoines, les azalées et les glycines, avec une affluence qui suit la floraison. Entre les deux passe la saison des pluies des prunes, une bruine tiède installée sur le bas Yangzi en juin : les galeries couvertes deviennent alors le seul abri. L’été est chaud et lourd, et l’ombre manque dans les cours minérales. Deux périodes se remplissent quoi qu’il arrive, la semaine de la fête nationale au début du mois d’octobre et le nouvel an chinois.
L’arrivée passe par Shanghai
Suzhou n’a pas d’aéroport civil. On atterrit à Shanghai, à Hongqiao ou à Pudong, et Hongqiao est le plus commode des deux : son terminal est accolé à la gare de Shanghai Hongqiao, on passe de l’un à l’autre à pied. De là, les trains à grande vitesse vers Suzhou s’enchaînent toute la journée et le trajet est court. Depuis Pudong, il faut d’abord rejoindre cette gare. À Suzhou, le métro relie la gare au centre et dessert Tongli. Les Français sont dispensés de visa pour un séjour touristique court, mais ce dispositif est temporaire et reconduit par périodes : sa date de fin se vérifie auprès du consulat.
Mieux vaut en voir peu et bien
Le Jardin de l’Humble Administrateur est le plus vaste des neuf. Le Jardin du Maître des Filets est à l’autre bout de l’échelle, resserré autour d’un seul bassin. La fatigue vient moins de la marche que de la répétition, et c’est un parti pris que nous assumons : mieux vaut en voir peu et bien, s’asseoir sous une galerie, revenir sur ses pas pour reprendre une perspective, plutôt qu’ajouter un enclos de plus qu’on traverserait sans le regarder. Les horaires ne sont pas les mêmes partout : ouverture tôt le matin, fermeture en fin d’après-midi et plus tôt en hiver, parfois une nocturne à la belle saison. Le musée de Suzhou, gratuit mais sur créneau réservé, et Pingjiang Road complètent bien le programme.
Se loger dans la vieille ville ou près de la gare
Le quartier historique de Pingjiang met l’Humble Administrateur et le musée à distance de marche, et ses maisons d’hôtes occupent d’anciennes cours restaurées, dont on pousse la porte depuis la ruelle. Autour de Guanqian Street, l’offre est plus dense, plus standardisée et mieux desservie par le métro. Près de la gare, les hôtels de chaîne dépannent pour une arrivée tardive ou un départ matinal, au prix d’un trajet quotidien vers les jardins.
Ce que coûte l’entrée, et où le vérifier
Les jardins ne pratiquent pas tous le même tarif : les plus vastes coûtent nettement plus que les petits, et plusieurs appliquent un prix plus élevé en saison haute. Ces montants ne sont pas fixés jardin par jardin : la ville encadre les tarifs des sites classés et en publie la liste, ce qui les rend vérifiables avant le départ, et révisables. Pour préparer un séjour, Trip Planner sert à mettre l’itinéraire à plat avant de réserver quoi que ce soit. Les tarifs en vigueur se lisent sur les billetteries officielles au moment d’acheter, jamais dans un guide écrit six mois plus tôt.
Reste une contrainte à porter au calendrier. Les jardins les plus courus et le musée de Suzhou se réservent au nom du visiteur, quelques jours à l’avance, avec un numéro de passeport saisi exactement comme sur le document, qu’il faut ensuite présenter à l’entrée.
